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Portrait du général Ruffin

François Amable Ruffin, né à Bolbec le 31 août 1771, est un général et comte d’Empire ayant participé à la fois aux guerres révolutionnaires (1792-1799), mais également aux guerres napoléoniennes (1799-1811). Par ses exploits militaires, il monte dans la hiérarchie jusqu’à devenir général de division et obtenir de nombreux titres tels que commandeur de la Légion d’honneur ou encore chevalier de l’Ordre militaire de Saint-Henri de Saxe. Son épopée s’arrête subitement en Espagne, lors de la bataille de Chiclana le 5 mars 1811 où il est grièvement blessé. Il meurt finalement le 15 mai 1811 à bord du HMS Gorgon, un navire anglais, alors qu’il est prisonnier et qu’il se rend en Angleterre. Bien que le général Ruffin soit décédé il y a 210 ans, nous pouvons tenter de retracer quelques traits de son caractère par différents témoignages que cela soit à travers des mémoires de généraux, des lettres ou par des études…

Un excellent officier reconnu par le général Ney et d’autres

Ruffin doit son grade de général de division et ses différents titres à ses exploits militaires et ses qualités d’officier. Plusieurs témoignages en attestent et parfois venant d’importants personnages comme le maréchal Ney qui, par l’intermédiaire du général Gouvion-Saint-Cyr, fait l’éloge de Ruffin au ministre de la Guerre, le général Berthier, et demande pour lui, sans succès, le grade de général de brigade : “en récompense des talents distingués que cet officier a déployés pendant cette campagne, et de ses services antérieurs”. (lettre du général Gouvion-Saint-Cyr au ministre de la guerre, le 9 février 1801). Quelques jours plus tard, le général Grenier écrit au commandant en chef Moreau : “J’ai l’honneur de vous remettre inclus, mon cher général, une demande de l’adjudant-commandant Ruffin, tendant à obtenir un corps de cavalerie légère. Le général Ney près duquel il a servi ces deux dernières campagnes est très satisfait de la manière avec laquelle il a rempli les fonctions de son grade et sollicite en sa faveur l’emploi de chef de brigade de cavalerie légère auquel ses connaissances et ses talents militaires distingués lui donnent des droits”. On s’aperçoit donc que le général Ney possède une haute estime de Ruffin. D’ailleurs, en 1799, Ney avait fait une demande spéciale au général Masséna afin que Ruffin l’accompagne à l’armée du Rhin. Masséna répond positivement, le 20 août 1799, dans une lettre : “Je consens avec bien de la peine, mon cher général, à la demande que vous me faites d’emmener avec vous l’adjudant général Ruffin ; c’est un sacrifice que je ne ferais pas pour un autre, mais je ne puis rien vous refuser ; vous pouvez en conséquence adresser votre demande au ministre et l’emmener. Salut et amitié. Masséna” (voir photo ci-dessous). H. Bonnal écrit en 1910, dans La vie militaire du Maréchal Ney, qu’au sein de l’armée du Rhin le vrai chef d’état-major fut l’adjudant général Ruffin, l’homme de confiance et l’ami du nouveau général en chef. Un vrai lien se crée entre les deux hommes. Cette relation est connue de tous comme le montre une lettre du général Sorbier qui, en post-scriptum dans une lettre écrite au général Ney, écrit ceci : “Hommages respectueux à votre dame et amitiés au grand Ruffin”. Par tous ces témoignages, on comprend donc que le général Ney possède de la sympathie pour Ruffin, du moins il reconnaît ses qualités militaires.

Ses qualités militaires sont également reconnues par la suite. En 1805, le général Suchet le définit comme “un très bon officier, qui a bien servi et qui est ici généralement aimé et estimé”. Après la bataille de Friedland, en 1807, le maréchal Lannes présente Ruffin à Napoléon de cette façon : “Sire, je vous présente le général Ruffin comme un de vos plus vaillants généraux, à Friedland, il s’est battu comme un lion et s’est couvert de gloire”. Le général baron Girod de l’Ain, dans ses mémoires, fait également des éloges au général Ruffin en 1807, lorsque Ruffin remplace le général Dupont à la tête de la 1ère division du 1er corps de la Grande Armée après la bataille de Friedland : “Le général Dupont, que nous aimions beaucoup et qui fut depuis si malheureux en Espagne, fut, vers ce temps-là, remplacé dans le commandement de notre division par le général Ruffin, très-bel homme de guerre dont nous ne tardâmes pas à apprécier aussi tout le mérite”. Lors de la capture de Ruffin, cet homme confirme ce qu’il pensait de son supérieur : “Notre général de division, le général Ruffin, que nous aimions et estimions beaucoup, avait été laissé pour mort sur le champ de bataille de Chiclana”.

Par ces différents témoignages, nous apprenons que Ruffin a donc été un excellent officier avec des qualités militaires appréciées que cela soit par ses supérieurs ou par ses subordonnées. Mais c’est aussi par son physique et son goût pour les plaisirs de la table que Ruffin va se démarquer.

Lettre du général Masséna au général Ney, datée du 20 août 1799

Maréchal Ney par François Gérard vers 1805

Un bel homme porté sur la boisson…

D’après Louis-François Lejeune, devenu son ami durant les campagnes en Allemagne, Ruffin était “l’un des plus beaux hommes de France”. Lors de sa chute durant la bataille de Chiclana, où il est grièvement blessé, Ruffin est capturé par les Anglais et Lejeune décrit également la scène : “L’élégante beauté de ce général, sa belle figure pâlie et entourée des boucles flottantes de ses cheveux blonds en désordre, frappèrent de surprise et d’admiration les Anglais, qui lui prodiguèrent les plus vives marques d’intérêts”. Lejeune raconte également le moment où il décide de faire un tableau de la bataille de Chiclana : “La beauté pittoresque du site, les détails extraordinaires de la bataille et l’attachement que je portais au brave et beau Ruffin, avec lequel j’avais fait mes premières campagnes en Allemagne, me disposèrent à faire un jour un tableau de cet événement ; et avant de quitter cette belle contrée, je fis les croquis dont je devais me servir plus tard pour donner à cette composition le cachet exact de la vérité”. Le quartier-maître Surtees du 95th rifles confirme les témoignages de Lejeune sur la beauté de Ruffin : “C’était un bel homme d’une immense stature, mesurant environ six pieds deux pouces ou six pieds trois pouces, et il mangeait énormément”.

Le général Ruffin avait en effet aussi une réputation de bon vivant et notamment sur la boisson. Vigo-Roussillon décrit par exemple l’échec de Talavera, bataille qui s’est tenue en juillet 1809, et où il analyse les erreurs durant la bataille et fait mention notamment du général Ruffin : “Le Maréchal Jourdan… et le maréchal Victor se contrariaient en toutes choses. L’armée n’avait aucune confiance en eux… le général Ruffin la conduisit mal (sa division) et lui-même ne se comporta pas au gré de l’armée. Le bruit courut que cet officier et le général Vilatte… avaient bu trop de vin de Bordeaux à leur déjeuner ce jour-là”. Même si cela peut être qu’une rumeur dans le but d’expliquer la défaite, d’autres témoignages confirment ses plaisirs de la table comme celui du général baron Girod de l’Ain qui décrit Ruffin ainsi : “C’était un très-bel homme de guerre et qui, après le fameux général Bisson, passait pour le plus vaillant convive de l’armée française. C’était, en effet, chose prodigieuse que la quantité de liquide qu’il consommait à chaque repas, sans en être le moins du monde incommodé ; car il ne passait pas pour ivrogne, comme un autre général de division de notre corps d’armée”. Jacques le Coustumier confirme cela dans son ouvrage sur le maréchal Victor : “Le général Ruffin était aussi vaillant au combat qu’à table. Sur ce dernier point, on disait qu’il ne cédait guère qu’à Bisson”. Le général Bisson avait en effet une réputation de grand buveur au sein de l’armée.

Les sources nous permettent donc de constater la réputation que pouvait avoir Ruffin à son époque que cela soit sur sa beauté ou pour son goût pour les bonnes choses. Enfin, il est également possible d’en savoir plus sur son quotidien comme le prouve une lettre écrite de sa main…

Général Lejeune par Jean-Urbain Guérin

Général Ruffin par José M. Bueno

S’occuper en pays conquis …

Une lettre écrite par le général Ruffin à un ami, datant du 15 septembre 1807 à Dantzig, nous permet d’en apprendre plus sur sa vie quotidienne en tant que militaire dans un pays conquis. En effet, la ville de Dantzig vient tout juste de tomber aux mains des Français après un siège allant du 19 mars au 24 mai 1807. Les forces russes et prussiennes n’ont rien pu faire face aux troupes du général François Joseph Lefebvre. Peu de temps après, les traités de Tilsit sont signés début juillet 1807, mettant fin à la guerre de la quatrième coalition contre la France. Dantzig devient alors une République indépendante. Après avoir transmis des recommandations, Ruffin s’adresse à son ami ainsi : “A présent, mon vieux parlons de nos plaisirs”. L’hospitalité et les occupations de la France lui manquent : “il m’ennuie fort de ne pas cheminer vers notre chère patrie, nous n’avons ici aucun agrément, tous ces commerçants avec leur caractère anglais, voudraient nous voir au diable”. Le seul réconfort, les femmes de petite vertu : “On n’a d’autre ressource que les filles qui sont passables et en grand nombre ce qui les rend moins chères, il y en a ma foi autant que de pavés, mais si l’inégalité de ceux la vous expose souvent à vous casser les jambes, l’impureté générale des autres vous expose aussi à des larmes bien amères…”. Mais le général bolbécais se détourne de ce genre d’occupation à risque : “C’est ce que j’évite par caractère et par opinion vous le savez et me rendrez justice”. Même la chasse semble peu fructueuse : “Enfin mon ami c’est le seul gibier car on court souvent tous un jour pour tuer une douzaine de pièces”. À la fin de sa lettre, Ruffin mentionne l’armistice signé par le maréchal Brune avec la Suède, le 7 septembre 1807 : “Vous savez qu’il y a armistice avec la Suède, nos forts ont ordre de ne plus tirer sur les bâtiments de cette nation”. Cette correspondance privée et insolite permet de donner une idée du quotidien d’un militaire lorsqu’il n’est pas en manœuvre.

Lettre du général Ruffin, datée du 15 septembre 1807 à Dantzig

Lettre du général Ruffin, datée du 15 septembre 1807 à Dantzig

Entrée de Napoléon et l’armée française à Dantzig en 1807 par Adolphe Roehn

Par les différentes sources mises en valeur dans cet article, nous avons pu déterminer une partie du portrait du général Ruffin. Nous avons pu constater qu’il était considéré comme un excellent officier que cela soit par ses subordonnés ou ses supérieurs et notamment par le célèbre maréchal Ney avec qui il s’est lié d’amitié. Il avait également une réputation d’être bel homme, diffusée notamment par son ami Louis-François Lejeune, mais aussi de bon vivant. Enfin, par sa correspondance privée, on peut entrevoir les occupations qu’il pouvait avoir lorsqu’il était en pays conquis durant les campagnes militaires. Mais les sources à découvrir sont encore nombreuses et les facettes de sa personnalité également…

Sources :

  • Article de Natalia Griffon de Pleineville : “Les funérailles du général Ruffin à Portsmouth en mai 1811”
  • Général H. Bonnal, La vie militaire du maréchal Ney, Tome premier, Paris, Chapelot et Cie, 1910, 418 pages
  • Jacques le Coustumier, Le maréchal Victor, Paris, Nouveau Monde, 2004, 425 pages
  • Lettre du général Ruffin à un ami, datée du 15 septembre 1807 à Dantzig. Collection privée
  • Mémoires du général Lejeune, du général baron Girod de l’Ain et de François Vigo-Roussillon