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L’œuvre du mois

L’Homme pensé de Cécile Raynal

Du 30 juin au 19 août 2012, la ville de Bolbec a accueilli les œuvres de Cécile Raynal, sculptrice, dans une exposition intitulée « L’œil des statues ». A l’occasion de celle-ci, un vernissage est organisé le jour du lancement.  C’est la première fois que l’artiste, originaire du sud de la France, expose à Bolbec, qui est un coup de cœur pour l’artiste où elle installera un espace de stockage dans les anciennes usines Desgenétais.

C’est en 2011, que l’artiste se rend à l’EHPAD de l’Hôpital Fauquet dans le cadre d’une résidence d’artiste, afin de réaliser des sculptures à partir de modèles réels. C’est sa spécialité. Elle choisit des endroits clos, qui ne sont pas ouvert à tout le monde ou qu’on ne peut intégrer qu’en répondant à certains critères. Ainsi, l’artiste a pu sculpter dans une prison, un couvent, ou encore un cargo à long trajet.

Son exposition « L’œil des statues » représente donc l’EHPAD, ses habitants, mais aussi leurs quotidiens et leurs habitudes. On peut voir les statues en taille réelle autour d’une table en pleine conservation, par exemple. A travers ces statues, on retrouve un côté sensible et un côté brut. En sculptant ces statues à partir de modèle réel, on retrouve l’humanité sur ses statues. Malgré une manière brute de travailler, on reconnaît les traits du visage du modèle, notamment les yeux, l’artiste, en 2012, s’expliquant : « Chez l’humain, le regard est important. Si on cesse de nous regarder, on n’a plus de miroir. » ; « Les personnes en maison de retraite ne sont plus regardées par la société ».

« L’homme pensé » a été sculpté à partir d’un modèle, qui est un résident très silencieux de la maison de retraite. Ainsi, à travers la statue, on y retrouve ce silence qui qualifie ce résident, notamment à travers le calme dont la statue est mise en scène, étant assis, le regard droit, le coude sur l’accoudoir et la main sur le menton l’air pensif. On peut supposer, comme l’artiste avec son modèle, que la statue est noyée dans ses pensées. On se retrouve face à la statue qu’on n’a pas envie de perturber dans ses pensées. L’œuvre garde les mêmes caractéristiques dans l’art (des autres œuvres) de Cécile Raynal, un coté sensible, par l’humanité et le regard dont est issue l’œuvre de l’exposition, un côté brute par la manière et la technique utilisé par l’artiste.

La sculpture est réalisée en grès, de l’argile, qui permet à l’artiste d’avoir des statues brutes et détaillées, qui est cuit à plus de 1200°. C’est grâce à la technique de  l’enfumage (où les statues sont lentement carbonisées, puis lors de leur refroidissement sont recouvert) que les statues sont encore plus brutes par leur couleur noir et gris.

« L’Homme pensé » est un don de l’artiste à la Ville de Bolbec en échange du lieu qui lui est mis à disposition dans les anciennes usines de Desgenétais à Bolbec. Il est aujourd’hui exposé dans le hall de la mairie de Bolbec.

Cécile Raynal exposera une deuxième fois dans la ville, où elle exposera des statues créer à partir de femmes présentes à l’espace Arc-en-Ciel, elle s’intitulera « Des oiseaux et des mères ».

Jean Lasne

 

 

Le 9 janvier 1989, la ville de Bolbec fait l’acquisition d’une des premières œuvres de Jean Lasne, « Rues de Bolbec ». Né en 1911 à Bolbec, Jean Lasne nait dans une famille aisée, son père étant Désiré Lasne, directeur du célèbre journal local « Le Progrès Bolbec » ; mais aussi dans une famille nombreuse, entouré de 6 frères et sœurs. Jeune, il se découvre une grande passion pour la peinture, mais aussi un grand talent pour celle-ci, exposant dans une librairie de Rouen dès l’âge de 17 ans.

C’est à 21 ans, en 1932 qu’il peint ce tableau. Nous sommes encore au début de sa carrière, ainsi Jean Lasne s’exerce en peignant sa ville natale, mais aussi d’autre ville de la région comme Fécamp. A travers cette période de sa vie, on peut y retrouver plusieurs vues de Bolbec comme ses rues, ses paysages mais aussi ses usines.

Ce tableau, une huile sur toile de 50 x 65 cm, peut être représentatif du mouvement de l’abstraction, un mouvement répandu dans les années 1930. Cette œuvre montre le talent de l’artiste, qui à travers son jeune âge, exprime sur celle-ci des émotions qu’un peintre plus âgée voudrait exprimer, c’est-à-dire la nostalgie de la petite ville d’enfance.

Jean Lasne a voulu peindre une ville animée et dynamique, notamment par les couleurs choisies qui sont vives et animent la ville, mais aussi peignant, dans cette rue, une famille qui la parcourt, ou encore par la fenêtre ouverte avec un bouquet de fleur sur le bord de celle-ci, montrant une ville vive, par ces couleurs ou ces habitants. On peut retrouver aussi dans son œuvre un air familier, comme si nous connaissons tous la ville mais aussi à quel endroit il a peint cette scène. On peut ressentir un sentiment de sécurité, ou un retour dans l’enfance, comme un sentiment de nostalgie, l’abstraction ajoutant au tableau un coté flou, un souvenir flou.

 

Ce tableau est peint à une date importante dans la vie de Jean Lasne. En effet, c’est en 1932 qu’il emménage à Paris, afin de poursuivre ses études dans un professorat en dessin. C’est à la capitale que Jean Lasne fait plusieurs rencontres qui ont changé sa vie et sa carrière, notamment la rencontre de sa femme Colette Beleys. Il poursuit ainsi sa carrière, exposant dans plusieurs expositions comme « Nouvelle Génération » ou encore « Forces Nouvelles ».

Sa carrière s’arrêta brusquement en 1940, où il sera porté disparu lors de la percée de la Meuse dans la région de Sedan, à Inon. A travers presque 10 ans de carrière, Jean Lasne aura marqué avec ses œuvres, notamment après la seconde guerre mondiale, où il connaîtra une renommée internationale, ses œuvres s’exposant dans plusieurs pays.

C’est sa femme, Colette Lasne, qui, pour honorer sa mémoire, organise des expositions mais aussi rachètent et tient une grande collection des œuvres de son mari. Ainsi, lors de l’acquisition de la toile « Rues de Bolbec » par la ville de Bolbec, elle fut présente avec une grande amie d’elle et de son mari, Madame Simon, qui, avec son mari, avait acheté ce tableau à Jean Lasne.

Lors de cette réception, le nom d’une « allée Jean Lasne » sera donné au Val-aux-Grès, ainsi qu’une exposition sur ses œuvres. Aujourd’hui, on peut retrouver une plaque sur le mur de sa maison natale, rue Gambetta.